Absub?

Pourquoi un dragon ?


Le mot serait de Tristan Bernard : « L’humour est la politesse du désespoir ». À croire que notre époque est très poliment désespérée. Politesse fait penser à polir, briquer, lubrifier, lisser. Il s’agirait donc d’astiquer son désespoir avec soin et méthode afin qu’il ne soit pas sali… Sali de quoi ? sinon d’espoir : la face cachée de l’ennui. Car l’humour n’étant plus à un paradoxe près, en décorant le désespoir des honneurs d’une bonne éducation, relègue du même coup l’espoir dans le cloaque déjà fortement peuplé des injures nauséabondes. Ainsi naît ABSUB. Surgissant des égouts au fond desquels se perdent le naïf, l’inconscient et l’optimiste; sortant bon dernier d’une boite de Pandore désertée depuis longtemps, il émerge tel une chimère pour apprendre la politesse. Une chimère bien sûr, car quel humain pourrait représenter l’espoir ? À l’impossible nul n’est tenu, et c’est à un dragon que revient l’insigne insulte de croire indéfectiblement qu’il va s’en sortir, même mal. Tel est l’humour proposé ici : une sorte d’inversion. Car si le désespoir devient condition de la politesse, l’humour sans désespoir devient un manque de savoir-vivre. L’absurde est à nos portes et à notre portée, il suffit de tendre les yeux vers l’écran : prenez garde, c’est déjà un geste grossier car il contient l’espoir d’y voir quelque chose. Voici donc Absub, dragon de son état, chimère par vocation et survivant par habitude. Un dernier détail : il ne parle jamais. C’est que dans l’absurde il y a une grande cohérence : si l’humour est la politesse du désespoir, les grandes douleurs sont muettes.

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